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16 Jun

textes tirés du catalogue présenté au D.N.S.E.P.

Publié par lude

Peinture, Personnage, Matière, Acteurs, Fiction, Voyages Photographiques, Déplacement, Installations Suspendues, Lévitations Végétales, Peintures Organiques, Sculptures Vivantes, Lumière, Ecran, Frontière, Allé-Venues, Cheminement Expérimental, Rêves-Réalité, Homme-Nature, Science, Entité Autonome, Art, et enfin La Sphère.

Au fil de la Matière, en suivant le rythme de la Nature, les pièces se forment et aboutissent comme étapes de cette quête qu’est le parcours de l’Art.
Une recherche de justesse et d’équilibre est abordée comme un jeu avec les éléments choisis pour composer un univers imaginaire qui questionne le monde dans lequel nous vivons.
Où est la frontière entre le réel et la fiction? Quels sont les relations entre l’Homme et la Nature? Qu’est-ce que l’Art? Où est le Rêve? Qu’est ce que l’Imaginaire? Comment ouvrir la porte? ... ... ...


Dans une pratique de la peinture, un personnage est né : élément clef utilisé comme guide pour le spectateur dans l’univers issu de la relation entre le corps-peintre et la Matière.

Donner corps à ce personnage dans le réel et le photographier pour le voir et le peindre. Cela a révélé que la photographie offrait une approche très pertinente du questionnement sur la frontière réalité/fiction.

Alors le rôle de l’artiste ne pourrait-il pas aussi être celui d’un acteur? Se mettre dans la peau du personnage pour aller trouver ce que l’on cherche même si on ne le trouve pas, cela semble être le propre de l’Art?... Annette Messager et ses cycles: «Annette Messager artiste, Annette Messager collectionneuse, Annette Messager femme pratique, Annette Messager truqueuse, Annette Messager colporteuse». 1971-1982.
Le Jeu est présent dans toute action (1), sous quelque forme que ce soit alors la métaphore et la poésie permettent d’inventer le langage le plus approprié à la démarche de chacun...

... alors racontons donc l’histoire.

( ... )


«VOYAGE PHOTOGRAPHIQUE»

Série de photographies, 2007-2008

La magie du pays d’ Alice transforme son apparence à souhait, en passant d’un paysage à un autre ... La petite Alice a-t’elle grandi? s’ est-elle transformée? s’agit il toujours d’Alice? ... cela semble être en accord avec son monde: du pays de la peinture elle est passée à celui de la photographie.


«MONDE MERVEILLEUX»,
Cinq photographies tirées de la série «Voyage Photographique»,
DNSEP, 2009



Cette série de photographies est construite méthodiquement  par la mise en scène, le cadrage, le travail des couleurs, l’échelle du personnage dans le paysage. Un personnage étrange, intrigant par son costume, ses attitudes, sa situation vis-à-vis des lieux qu’il occupe.
Porter le costume permet d’entrer dans la peau du personnage, comme nous l’avons compris dans «Alice au pays de la peinture à l’huile», mais aussi de vivre l’instant, d’habiter le lieu. Le personnage se met en situation de risque : en équilibre sur le fétage d’un toit, au sommet d’une montagne, sur un rocher glissant près d’une source gelée... Ces situations déclenchent des réactions et donc des attitudes. C’est le résultat d’une performance, le rôle du corps acteur.



Dans cette performance où le corps est en action, le geste se déploie comme celui du peintre. En peinture, la main et le corps, par leurs mouvements, influencent la forme que prend la matière: dans cette action c’est l’ inscription du personnage dans le paysage qui donne corps à l’image.

C’est là qu’intervient le regard du photographe. Est-ce le regard du photographe ou celui du peintre d’ailleurs? Non: le regard du peintre, c’est l’association des deux rôles: le corps-acteur et le photographe. Le regard du photographe, c’est celui qui est le plus proche du regard du spectateur.



Par l’instantanéité de la photographie le personnage se trouve au milieu d’une histoire qui n’aura ni de début ni de fin, de la même façon que ceux de Grégorie Crewdson, une atmosphère narrative qui propose une porte ouverte à l’ imagination du spectateur. La contradiction ou l’harmonie entre le personnage comme sorti d’un conte et le décor réel place le spectateur à la frontière du réel et de la fiction.



Grégorie Crewdson  interroge le réel, Jeff Wall est plus encré dans la fiction. La série de la Robe noire semble être à la frontière : Pas d’éclairage ni de travail du décor, seulement des confrontations d’images construites, si toutefois elles le sont vraiment....


La référence aux contes de fée est un outil permettant d’introduire le rêve dans l’image, amener le spectateur à s’identifier via un ressenti enfantin: «Anna Gaskell détourne finalement une certaine mythologie enfantine pour mieux atteindre les adultes que nous sommes, parfois perdus ou contraints (...), de suivre les chemins que d’autres on tracés pour nous.» (2)



Les cinq photographies présentées ici sont extraites de la série et choisies parce qu’elles ont un titre qui renforce leur aspect anecdotique et narratif. Fabienne Clérin écrit sur Pierre Malphette: «Les titres des pièces sont assez souvent constitutifs des oeuvres et parti prenante du déplacement poétique que crée le décalage entre signe et signifiant. (...) Ils en posent alors immédiatement et explicitement la problématique, renversant les évidences, obligeant à des excursions mentales.» (3)


Sculptures végétales in situe, & comment les végétaux sont devenus l’élément principal de mes installations.

«AU FIL DE LA MATIÈRE»
exposition collective, Bessèges (07)

Création de jardins suspendus pour sculpter le décor.
C’est la technique utilisée à l’occasion de cette exposition qui m’a permis de faire évoluer la place des végétaux dans  mon travail.
D’abord «Jardins suspendus», ils sont devenus des sculptures végétales appelés «Hybrides imaginaires», puis «Plantes volantes» pour intégrer plus tard les «Serres Romantiques».
Lorsqu’ils étaient des sculptures végétales, je les plaçais comme figurant de mes décors photographiques  comme sur la photographie suivante où le décor a été construit de toutes pièces.



«SERRES ROMANTIQUES»,
Installation, DNSEP 2009


Impénétrables, ces volumes sont construits derrière la bâche classique de la serre de maraîchage, d’une faible transparence. Les plantes utilisées sont tontinées (racines enroulées dans de la mousse végétale à l’aide d’une ficelle, technique des pépiniéristes pour conserver les arbres durant leur transport, utilisée par les fleuristes depuis le XIXème pour créer des décors temporaires de fêtes).
Les sujets (plantes, boules de mousse et autres végétaux) sont choisis pour leur forme, leur rendu visuel au travers de la bâche et en fonction du jeu d’ombre obtenu par la lumière en contre jour qui provient de derrière les plantes.
Le théatre d’ombre, spectacle au langage très popularisé, plastiquement remanié par cette installation devient un nouvel outil (comme le conte de fée). Ici le spectateur est de l’autre côté de l’écran, et découvre des images qui lui offrent une multitude de possibilités d’interprétations, contrairement aux séries de photographies qui le contraignaient par la rigueur et la personnification de leurs compositions.




La surface de l’écran est abordée par le geste pictural: la lumière est sculptée telle une peinture, dans cet espace défini par son cadre. Daniel Schlier peignant sur du verre, parle des questionnements du peintre autour de sa série «reflet», 1991: «La peinture est quelque chose à conquérir (...) pourquoi le verre? Parce qu’il n’ offre rien, c’est une surface lisse, transparente, sans matière ni couleurs, pas même le blanc de la toile. Comment un monde se construit-il là dessus? (...) je peinds à l’envers, recto-verso, devant-derrière, comme Charlie Chaplin met en scène son propre personnage, devant et derrière la caméra.»(4)  Cette citation se rapporte au travail des serres romantiques et à celui de la série de photographies.
Suite à la série de photographies en deux dimensions, les serres romantiques offrent la découverte d’une nouvelle piste de recherche : L’appréhension du volume, de la trois dimensions, toujours avec un regard de peintre : ou comment proposer au spectateur d’entrer dans un monde imaginaire.



«LES ARBRES»
Installation In Situe, Exposition collective «land art», Montlouis sur Loire, Mars 2009



Le lieu : C’est dans l’une des pièces vides d’une maison abandonnée construite à la fin du XIXème siècle que s’est composé ce monde à images.

La tapisserie au motif envahissant et les peintures jaunissantes éclairées par un lustre aux allures rouillées, le sol déstructuré par les plaques noires et blanches décollées qui recouvraient autrefois le parquet d’un damier, le tout couronné d’une cheminée en marbre très bourgeoise. Tout ceci formant un décor à disposition.

Les acteurs : Les Arbres morts et, pour certains, leurs pots  faisant office de socle. Les Arbres étaient sans aucun doute les individus les plus anciens du monde végétal qui composaient le jardin de cette demeure. S’ils avaient pu parler notre langage, ils nous auraient certainement raconté l’histoire qui s’est déroulée dans cette maison depuis plus d’un siècle. Aujourd’hui, sur le plan scientifique et policier, nous avons les moyens de lire l’histoire dans les dépouilles du vivant. Ici, le propos n’était pas de mener une enquête sur le passé de l’univers que propose ce domaine, mais plutôt de transmettre au spectateur un ressenti, des émotions nés au fil de la découverte et du travail sur ces lieux, avec les anecdotes racontées ou suggérées par les traces persistantes.

Le vivant : Qu’ en reste t’ il ? D’ un changement de saison est né une nouvelle composition photographique: les arbres déshabillés habitent l’ image, au même titre que le personnage en robe ou les Plantes volantes.

L’ambivalence réalité/fiction se révèle avec humour dans la confrontation entre les arbres «en lévitations» (qui semblent flotter sans support, socles ou artifices de maintien) et ceux qui sont plantés dans des pots (intervention humaine). Comme dans un tableau de Surréaliste, le réel et le rêve interfèrent, se mêlent, se croisent, car tous les faits présentés dans une fiction ne sont pas nécessairement imaginaires. La fiction doit créer une impression de réel  : l’individu à qui la fiction s’adresse doit pouvoir croire, pendant un temps limité, que ces faits sont possibles. (5)


L’installation et la photographie? L’image et le volume? Il faut ici choisir une direction de recherche. «Les Arbres» sont de nouveaux acteurs qui pourront faire l’objet de nouvelles histoires par de possibles déplacements, mais nous verrons cela l’hiver prochain, le printemps est déjà là, les Plantes Volantes sont de retour et la Sphère se met en route ...



«SPHÈRE»
Exposition «Par ma fenêtre», Beaux Arts de Tours, Avril 2009





«Tentative de maîtrise d’une atmosphère miniature, d’une biosphère enfermée dans une bulle plastique. Ce microcosme recomposé soulève les questions du vivant, de l’ évolution, de la survie. L’ appareillage accessible montre à quelle fragilité et par quelles énergies ce monde végétal existe. Transposé à l’échelle de la terre, il nous renvoie à notre propre vulnérabilité.»


Ghislain Lauvergeat.




- Réflection sur le processus de création après réalisation du projet :


- Aboutissement de la recherche : Questionnement sur le monde contemporain flagrant.

- Éloignement de l’univers personnel : perte de la naïveté enfantine, et nouveau jeu moins ludique que les actions réalisées précédement :

- Les outils de la science.

-Magie, illusion, artifice très présents par les «effets météorologiques» de l’intérieur de la sphère. Fiction? Réalité? la plante a t’ elle besoin de cette structure pour vivre? d’un point de vue plastique la structure elle a besoin de la plante pour exister.
- Raffaela Spagna et Andrea Caretto : Questionnement sur la manipulation de la nature par l’ homme, nature artificielle, modifiée. habitude du regard du consommateur sur la «perfection» du végétal mangé... tout est réel. «Raffaella Spagna et Andrea Caretto construisent quant à /elles/ des installations végétales qui interrogent l’exploitation des ressources naturelles et ses enjeux culturels.» (6)

-Intention : construire un réceptacle qui permettait de maintenir l’atmosphère nécessaire au développement d’une plante volante. Même si la Sphère amène le spectateur à se questionner sur son propre environnement, elle reste un élément fictionnel dans un univers magique.

- Choix : construction d’une nouvelle sphère.

-Motivation : renforcer, développer l’aspect magique, féérique, revenir à une approche naïve et enfantine : la plante est magique, c’est une planète miniature.

«La Sphère» est un lampadaire tordu par un savant fou qui y a fait se former une planète de plantes imaginaires...
...«La planète du petit prince» ( Ou Sphère 2) existe, et nécessite une structure de protection qui est indispensable à sa survie...





(1) D.W. Winnicott.-Jeu et Réalité L’espace potentiel, traduit de l’anglais par Claude Monod et J.-B. Pontalis, édition folio essais

(2) Delbard Nathalie.-Anna Gaskel, Parisart, galerie Yvon Lambert (fév. 2004), notation utilisé dans mémoire année 3, ludivine beaulieu


(3) Fabienne Clérin.-Catalogue d’exposition personnelle, Pierre Malphette, FRAC (2009)


(4) Daniel Schlier.-Propos recueilli lors de sa conférence à l’École Supérieure desBeaux Arts de Tours, (avril 2009)


(5) Hans Vaihinger philosophe allemand 1852-1933, théorie de la pensée de l’homme établie comme fiction grâce à ses capacités d’induction, de déduction, de propension à générer des objets fictionnels.


(6) catalogue d’ exposition ‘O’ , Rafaella Spagna & Andrea Caretto - Edmond Couchot & Michel Bret  Espace d’art Rurart, Rouillé, Poitou-Charente
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